Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


Livre sans titre, sans plan, sans sujet et sans fin (1819) - Anonyme

Publié par Jérôme Nodenot sur 15 Octobre 2013, 09:15am

Catégories : #Naines brunes

Ce livre au titre improbable a été écrit sous la deuxième Restauration, période de relative stabilité obtenue par le raisonnable Louis XVIII qui parvient à imposer sa fameuse Charte, à concilier pendant un temps les aspirations post-révolutionnaires, post-napoléoniennes, avec les acquis de l'Ancien-Régime.

Stabilité ? Très fragile dans les faits, il s'agit davantage sans doute d'une période de division au niveau des opposants ; à Paris, cela bouillonne, dans tous les clans ça jase, ça se dispute, c'est une période de bavardages politiques incessants, entre les nouveaux riches qui ont profité de la Révolution, les autres, lésés, les royalistes ultras et modérés, etc.

L'auteur du "Livre sans titre, sans sujet et sans fin", certainement, se cache : il a peur de se faire guillotiner si une autre Révolution explose. Il s'agit pourtant d'un roturier, mais qui fait ici l'apologie de la Charte, la société telle qu'elle est lui convient, ou du moins (forme de sagesse peut-être), il pense qu'il est temps de se reposer un peu.

Le premier intérêt du livre, historique, est de nous faire comprendre, à chaud, l'état d'esprit du peuple français à cette époque.

L'autre intérêt, plus important encore à mes yeux, c'est le style. Ecrit sous la forme d'une épître dédicatoire au Public (qu'il nomme "Monseigneur" ou encore "Son Incompréhensibilité"), la satire des bavardages est présente à chaque page, de manière plus structurée qu'il nous le fait croire (en général, de longs paragraphes terminés par un aphorisme souvent cinglant), entrecoupée par des digressions narratives (histoires de M.Potopuscus, d'Oisons et de Merles, etc.). C'est bien fait, vraiment, cela rappelle un peu Diderot, j'ai adoré. Je donne en citations quelques aphorismes parmi des dizaines.

Voici enfin l'épigraphe du livre : "En lisant cet écrit, chef-d'oeuvre de ma tête, Les gens d'esprit diront : Ah ! mon dieu, que c'est bête !"

Pourquoi écrit-on ? Peut-être notre ami anonyme a-t-il la réponse : "Ma pensée est de m'amuser de tout, pour me consoler de ce qui, en secret, m'arrache souvent des larmes, et met mon pauvre coeur dans un étau".

J'ai oublié de dire que le livre a été publié à Toulouse, par un auteur toulousain !

Article sous CC-0
To the extent possible under law, Jérôme Nodenot has waived all copyright and related or neighboring rights to Le gallicanaute des naines. This work is published from: France.

Pour être libre, il faut être esclave de la Loi

Gémir de son bonheur est chose fort plaisante

A l'esprit qu'on n'a pas la mémoire supplée

Commenter cet article

Archives

Articles récents