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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


L'Amour, qué qu' c'est qu'ça ? vaudeville en 1 acte (1853) - MM. Clairville, Lambert Thiboust et Delacour.

Publié par Jérôme Nodenot sur 19 Décembre 2013, 21:02pm

Catégories : #Insolites

Des milliers de livres, de poèmes, de chansons, ont, depuis la nuit des temps, tenté de répondre à cette question existentielle, et aujourd'hui encore nous nous la posons sans fin, sans y trouver de réponse absolue ; il y a même une émission de télé (je ne sais plus sur quelle chaîne) qui porte son nom : qué qu' c'est qu'l'amour ?

Voici enfin la vérité sur ce sentiment, et les auteurs de ce vaudeville y répondent en... vingt pages, imaginez la prouesse.

Alors, finalement, c'est quoi l'amour ?

La pièce se déroule en un lieu unique : un moulin, tenu par un maître-meunier, Blésinet, et des filles et garçons de moulin (ses employés), dont l'une, Suzanne, qui en fait "tient la baraque" de main de fer pour pallier à la fainéantise du patron. Un jour, un berger, le père Toby, présente sa fille Zerline à Blésinet en remettant à ce dernier une lettre émanant de son oncle ; cette lettre, très clairement, oblige Blésinet à épouser Zerline, sous peine de déshéritement. Blésinet n'est pas un homme mauvais, mais il ne connaît rien à l'amour, il n'a eu comme exemple que son oncle et sa tante qui se disputaient tout le temps, et puis, surtout, il n'a pas la moindre idée de ce que représente ce sentiment. Certes, il fait des rêves où il voit Suzanne nue (il ne se cache pas de le dire d'ailleurs à Suzanne qui ne voit rien de mal là-dedans, dans la mesure où elle non plus ne connaît rien à l'amour), il apprécie beaucoup d'aider cette dernière à porter des sacs de farine, mais bon, c'est tout. Zerline, attendrie et amusée par cet abruti, veut le lui apprendre : elle évoque des situations où une jolie jeune fille fait la belle devant lui, le drague, le prend par la main, etc., mais rien n'y fait, il ne comprend rien. Un peu plus tard elle feint même d'avoir chaud, d'être fatiguée ; elle se déshabille, suffisamment pour laisser voir à Blésinet ses charmes, s'assoit sur une chaise et fait mine de s'endormir, espérant par ce petit jeu exciter son futur mari et l'inciter à l'embrasser en douce ou à la toucher ; hélas, il ne fait que la regarder comme une bête curieuse. En fin de compte, c'est le père Toby (ayant deviné l'amour qu'il y avait entre Blésinet et Suzanne), qui parviendra à leur faire comprendre, allant par là-même au passage à l'encontre de la volonté de l'oncle de Blésinet : il fait croire à l'un que Fitou (un garçon de moulin) compte épouser Suzanne, et à l'autre que Blésinet va épouser Zerline. Après quelques péripéties dignes d'un bon vaudeville, ces deux-là vont se révéler leur amour et tout ira bien qui finira bien.

Alors, finalement, c'est quoi l'amour ? L'amour, c'est la jalousie, le sentiment (opposé à l'attirance physique puisque le héros n'est pas attiré par la nudité d'une jolie fille), le fait d'avoir des passions communes (comme de porter ensemble des sacs de farine). Mais le principal enseignement, la véritable révélation, c'est que l'amour, c'est d'abord LA CANDEUR : Blésinet et Suzanne, en somme, se tournent autour comme deux aimants sans cervelle (si tant est que des aimants puissent avoir des cervelles), ils sont sûrs du fait de s'aimer sans arrière-pensées et pour toute la vie depuis longtemps sans le savoir. Ils ne peuvent pas se tromper, c'est certain. A côté de ceux-là, Fitou et Zerline, fins connaisseurs des choses de l'amour, finiront ensemble aussi, mais Fitou ne connaissant pour l'instant que le désir, et Zerline parce qu'elle se fait forcer la main par le père Toby.

Pour finir, je dirais que s'imprégner de cette petite pièce de théâtre constitue pour le lecteur, au-delà évidemment d'une véritable révélation en matière d'amour, une occasion sympathique de relire un vaudeville bien ficelé, et qui malgré cela n'est pas forcément resté dans les annales (joué en son temps au Théâtre des Variétés).

Article sous CC-0
To the extent possible under law, Jérôme Nodenot has waived all copyright and related or neighboring rights to Le gallicanaute des naines. This work is published from: France.

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