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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


Le cabaret de la morue verte (1919) - Julien de Mauvrac

Publié par Jérôme Nodenot sur 15 Septembre 2014, 09:55am

Catégories : #Naines brunes

Mon arrière-grand-père Joseph Nodenot, mort en 1916 sur le champ de bataille (il faisait partie du même régiment qu'Alain-Fournier, tué lui, hélas, dès 1914) a-t-il lu un livre de la "Collection gauloise" ? C'est possible, dans la mesure où ces romans populaires circulaient apparemment parmi les soldats à partir de cette année-là pour leur remonter le moral.

Il est certain en revanche qu'il n'avait pas lu "Le cabaret de la morue verte", appartenant à la même collection mais sorti seulement en 1919. Voilà tout de même un de ces rapprochements qui donnent parfois une connotation particulière à nos découvertes sur Gallica.

Julien (de) Mauvrac a écrit quelques livres entre la fin du XIXème et le début du XXème ; il ne semble pas avoir été jamais vraiment sous les feux de la rampe. Il n'y a aucun renseignements à son propos sur la Toile, et il n'y a que 12 notices le concernant dans le Catalogue général de la BnF.

"Le cabaret de la morue verte" est donc un petit roman populaire de cinquante pages environ (mais consistantes), qui se lit avec un plaisir jubilatoire. Y sont présents bien sûr tous les ingrédients qui faisaient le succès de ces livres à l'époque : intrigue alambiquée, relations vaudevillesques entre les personnages où tout le monde à la fin s'aperçoit qu'il est plus ou moins de la même famille, allusions assez lestes, scènes quelque peu grotesques. Mais quel bonheur de suivre les empêtrements de nos héros dans leurs problèmes, les rebondissements plus rocambolesques les uns que les autres. L'humour, aussi, et surtout. Et tout ira bien qui finira bien, comme il se doit.

Cela pourrait ressembler à un exercice pour atelier d'écriture : prenez Athénaïs Lanternois (qui tient une boutique de vente de chapeaux) et sa fille Zénobie ; deux marins, Cartahut et son acolyte Matiboulé ("prince" africain), Athanase Flanchard (un détective-charlatan), Madame Trémousse (cliente du magasin de chapeaux qui a la particularité de s'être faite engrosser il y a longtemps par un chemineau lors d'une étreinte rapide dont elle s'est à peine rendu compte), Madame Hortensia (une voyante), Madame Irma (foraine qui exhibe ses charmes obèses), Hyacinthe Lanternois (connu seulement au début comme un vagabond), et construisez une histoire avec tout ça, située au Havre, tournant vaguement autour de la question d'un héritage souhaité de la part d'un pseudo oncle d'Amérique rescapé d'un naufrage et qui "aurait" fait fortune. J'espère que je n'oublie personne mais je ne pense pas : ce sont tous des personnages hauts en couleur, assez inoubliables. Vous avez une heure.

"Le cabaret de la morue verte", ou comment démontrer la puissance de l'illusion romanesque ; rien n'est possible dans ce roman, et pourtant l'on y croit, on se laisse prendre au jeu, on rit, on se détend, on s'oublie.

Des scènes marquantes, aussi, comme celle du mari d'Athénaïs qui rentre à la boutique de son épouse comme tous les soirs et qui traite avec tendresse un voleur qu'il surprend en train de piquer dans la caisse, parce qu'il a passé sa journée (il est fonctionnaire sic) à lire l'idéale lecture "Les Misérables", en particulier l'épisode où l'évêque donne des chandeliers à un vagabond qui venait de le voler ; ou encore celles où Mme Irma, 215 kilos, confondant le propre et le figuré, s'assoit physiquement sur les personnes qui troublent sa quiétude (cela arrive plusieurs fois). Et d'autres, et d'autres...

Un livre impossible à résumer, il faut le lire pour comprendre et apprécier.

En outre, un exemple, donc, de ce qu'était la littérature populaire au temps de nos aïeux de 14-18.

Disponible également chez Hachette BnF pour une version papier.

Article sous CC-0
To the extent possible under law, Jérôme Nodenot has waived all copyright and related or neighboring rights to Le gallicanaute des naines. This work is published from: France.

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