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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


Les sorcières blondes (1853) - Emmanuel de Lerne

Publié par Jérôme Nodenot sur 15 Décembre 2014, 18:18pm

Catégories : #Naines brunes

Quand on navigue sur Gallica pour le plaisir, c'est toujours un voyage vers l'Inconnu, et pourtant si reposant : on est allongé sur son petit voilier, les doigts de pieds en éventail et tenant à peine la barre, se laissant aller au gré des flots, on se laisse porter, en attendant tranquillement qu'une nouvelle petite île attractive se présente à nous.

Il arrive par contre, une fois que l'on a accosté sur cette île, qu'elle soit tellement méconnue que l'on a du mal à y trouver ses repères. Ce fut le cas, en ce qui me concerne, avec la découverte de ces "sorcières blondes". J'ai pris beaucoup de plaisir, comme à chaque fois, à en parcourir les moindres recoins, mais il a été très difficile de pouvoir en parler dans mon journal de bord. Si je veux toutefois pouvoir planter mon petit drapeau sur ce territoire, il a fallu absolument que je puisse écrire à son sujet !

Vous ne trouverez rien à propos d'Emmanuel de Lerne (pseudonyme d'Emmanuel Le Boucher) sur internet, et il n'y a que cinq notices à la BnF le concernant, et encore, simplement sur ses ouvrages, rien sur l'auteur lui-même. Nous connaissons l'époque à laquelle il vivait, et c'est tout... sauf qu'en cherchant bien, le mieux serait peut-être de lire la préface écrite par Arsène Houssaye sur un autre de ses ouvrages publiés (que l'on peut trouver aussi sur Gallica, cf lien ci-dessous).

Quand on aborde "Les sorcières blondes", on est surpris dans un premier temps de se retrouver face à neuf nouvelles plus ou moins longues, traitant d'amours malheureuses. Cela nous plaît, c'est relativement bien écrit, c'est un peu à "l'eau de rose", mais surtout on se dit : comment vais-je pouvoir parler de ce livre ? Que dire d'intéressant à son propos ?

Eh bien voilà : si l'on creuse un peu la matière de cet ouvrage, on découvre qu'une véritable "philosophie" s'en dégage (le mot est trop fort), en tous les cas une réflexion qui vaut son pesant d'or, et qui démontre que de Lerne avait au moins une poétique, et véritablement quelque chose à dire, que l'on soupçonne même d'être le fruit d'une expérience vécue.

Dans "Les sorcières blondes", dès le départ, il est question de Gloire, de Beauté, d'Amour, d'Art, de Jeunesse, autant d'éléments (souvent associés à Paris, c'est drôle) que l'auteur a tendance à opposer à la tranquillité d'une vie charitable et campagnarde, sans autre ambition que celle de construire un bonheur simple. Dans toutes les nouvelles de ce recueil, les héros sont pleins d'idéaux dans leur jeunesse, avant de passer par une confrontation assassine avec la réalité qui les désillusionne complètement (oui, ce n'est pas très gai) ; et si au final ils deviennent des héros, c'est grâce aux sacrifices qu'ils font pour le bonheur des autres, et par le renoncement à toute ambition, une fois devenus vieux, c'est-à-dire vers trente ans (oui, c'est aussi un livre qui vous fiche un sacré coup de bambou sur la tête).

Une nouvelle, qui s'intitule "Les sorcières noires", est une allégorie de cette "philosophie" ; les autres textes sont plus incarnés, plus réussis aussi par conséquent, mais ils tournent autour de ce même pot ; Emmanuel de Lerne n'est pas un grand écrivain, mais il en est un véritable selon ma conception de la littérature, en ce sens où son œuvre contient en elle une cohérence qui apporte une certaine conscience de ce que pourrait être non pas La Vérité, mais Une Vérité.

Je terminerai avec cette jolie phrase tirée de la remarquable préface écrite par Arsène Houssaye : "L'idéal et la vérité, voilà les deux suprêmes caractères de l'art".

De ce point de vue, la poétique d'Emmanuel de Lerne pourrait être une forme absolue de ce qu'est la vocation d'une œuvre littéraire : rechercher une forme d'Idéal à travers l'art pour refuser l'annihilation de la vie réelle.

Il est possible de télécharger cet ouvrage sur Gallica au format epub.

Article sous CC-0
To the extent possible under law, Jérôme Nodenot has waived all copyright and related or neighboring rights to Le gallicanaute des naines. This work is published from: France.

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