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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


Une haine à bord (1885) - Gabriel de La Landelle

Publié par Jérôme Nodenot sur 27 Avril 2015, 10:10am

Catégories : #Naines noires

Quel est le parcours d'un livre ? Un seule certitude : tous finissent dans le Monde de la Bibliothèque. Après, les destinées diffèrent : certains sont véritablement publiés (par de "vrais" éditeurs), d'autres non ; certains deviennent très populaires, d'autres paraissent dans la confidentialité. Ensuite, et cela n'a pas de rapport avec ce qui précède, ils peuvent devenir des "classiques", en étant récupérés par les universitaires, ou encore en passant dans l'inconscient collectif (c'est le cas parfois pour la littérature populaire). En un mot, la postérité d'un livre est loin d'être gagnée, même s'il a connu toutes les faveurs lors de sa parution ; et même si son auteur est une star de l'édition contemporaine. Voilà pourquoi nous retrouvons dans le Monde de la Bibliothèque (Gallica) un nombre incalculable de livres de qualité qui sont complètement oubliés aujourd'hui. Et de la même manière que je souhaiterais que dans cent ans des lecteurs du futur lisent encore, grâce à Gallica, par exemple Bernard Clavel (une de mes idoles d'adolescence, dans les années 1980-90), je me plais à redécouvrir aussi des auteurs qui en leur temps furent très populaires.

Roger Musnik, sur le blog de Gallica, publie régulièrement des articles sur les auteurs populaires du XIXème siècle ; une mine d'or que je vous invite chaleureusement à visiter, et qui vous donnera certainement envie d'en découvrir quelques-uns, voire, pour ceux qui n'ont pas encore franchi le pas, de devenir des lecteurs assidus du patrimoine littéraire de la BnF. Ce serait en tous les cas une belle porte d'entrée. Entre autre, Roger Musnik nous parle de Gabriel de La Landelle ; et comme il le fait mieux que moi, il me suffira de vous donner le lien ci-dessous pour que vous sachiez tout sur ce grand écrivain de la mer (et qui fut lui-même d'ailleurs capitaine, un homme qui sait de quoi il parle).

Je suis sidéré qu'il n'existe pas sur Internet le moindre commentaire sur "Une haine à bord", qui est un véritable chef-d'oeuvre ; le livre qui fut en son temps le plus connu de Gabriel de La Landelle, et qui à mon avis reste aujourd'hui très moderne par certains côtés.

Si j'en crois la petite annotation en bas de la page 275, le livre pourrait avoir été inspiré d'une histoire vraie. Un simple mot : "historique", pour commenter cette phrase : "Chose affreuse ! les deux adversaires, deux officiers aussi, étaient morts tous les deux de rage, faute d'avoir pu se tuer en duel". Je ne révèle pas exactement la fin de l'intrigue avec cette citation, les choses prendront une tournure un peu différente, et plus heureuse, mais l'esprit du livre est là.

Vous ne lirez pas ici un roman d'aventure, mais ce que l'on appellerait aujourd'hui un drame psychologique ; avec comme sujet un autre concept très contemporain, celui du "harcèlement moral". Gabriel de La Landelle était connu et apprécié pour mêler histoires divertissantes et connaissance documentée de la vie des marins, et c'est bien le cas ici, comme il le suggère d'ailleurs lui-même à certains endroits. Ex : "la première partie de cet ouvrage est consacrée à la physiologie de l'élève ou aspirant, comme la seconde doit l'être à celle de l'officier de marine" (page 139). Comme s'il s'agissait presque d'une étude sociologique sur les marins et la vie à bord des navires ! En tous les cas, ce mélange entre imagination et volonté de faire connaître le monde des marins est une marque de cet écrivain, et l'un des ingrédients de la puissance de ce qu'il écrit.

"Une haine à bord" relate la vie d'élèves marins qui viennent de réussir le concours et qui commencent leur apprentissage en étant affectés sur des bateaux. Ils sont plein d'enthousiasme et d'espoir, ils ont de l'ambition (devenir officiers), souvent ils ont déjà de la famille dans le milieu, des relations. Mais surtout, ils renoncent à la solitude, ils vont devoir vivre en communauté sans avoir la possibilité de s'échapper. Et n apprendra ici que chez les marins, l'enfer peut aussi être les autres. Et surtout l'Autre : Emile Fargeolles.

J'ai toujours pensé que parmi les ingrédients qui font les chef-d'oeuvre, le personnage est parfois un élément capital ; un type qui vous marque, que l'on n'oublie pas, qui vous suit partout. Un type humain grossi démesurément sans doute, mais que l'on retrouve ensuite autour de nous, quelque soit l'endroit où on habite, et l'époque à laquelle on vit. Fargeolles est la bêtise incarnée, un méchant qui n'en a même pas conscience, hâbleur et rigolo, séduisant... et qui s'acharne férocement sur un individu de son choix quand ça lui prend, à coup de farces, de mots blessants, de provocations incessantes. Un élève comme les autres, mais qui fera tourner le roman autour de lui tout le long, et qui fera des ravages considérables.

Je ne révèlerai pas l'intrigue, mais vous y croiserez Charles de Pierremont, élève, sa fiancée Eglé qui deviendra dans la deuxième partie Sœur Aeglé (vous comprendrez pourquoi en lisant le livre), Jules Renaud, autre élève qui croisera Fargeolles, Labranche (père de ce dernier), et d'autres personnages (secondaires) qui raviront vos moments de lecture.

Vie des marins, amours romantiques, noblesse d'âme s'opposant à la bassesse, dimension religieuse, la richesse de ce livre de 287 pages est indéniable. A découvrir absolument !

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