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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


Mémoire sur le danger des inhumations précipitées, et sur la nécessité d'un réglement, pour mettre les citoyens à l'abri du malheur d'être enterrés vivans (1776) - Dr Pineau

Publié par Jérôme Nodenot sur 4 Novembre 2015, 10:49am

Catégories : #Insolites

A l'occasion de Halloween cette année, Hind Bouchareb, de la BnF, a écrit un article frissonnant sur le blog de Gallica, concernant une sorte de superstition très présente aux XVIIIème et XIXème siècles, à savoir que de nombreuses personnes inhumées seraient encore vivantes et simplement en état de "mort apparente". De village en village, des faits apparemment incontestables renforçaient cette idée dans l'esprit des populations. Les médecins ont écrit des études à ce sujet, pour sensibiliser notamment les hommes d'église afin que de sérieuses mesures soient prises pour éviter ce fléau : trop d'individus sont enterrés vivants. Avec son corollaire inévitable : parfois aussi, en cas d'autopsie, trop de personnes sont "ouvertes" vivantes. Et, comme le dit l'auteur de l'ouvrage dont il va être question ici (je suis de son avis), "il n'est pas moins affreux de mourir sous le couteau d'un chirurgien, que d'être enterré vivant".

Hind Bouchareb, dans son article, cite d'autres livres, peut-être plus rigoureux, voire sérieux, et je vous invite vivement à les parcourir. Celui dont il va être question ici m'a laissé pantois... et je me suis régalé en le lisant.

L'auteur, M. Pineau, médecin de profession, veut sensibiliser le monde sur ce problème épineux, qui porte atteinte gravement à la sérénité de nombreuses personnes qui sont mortes de peur à l'idée qu'elles pourraient être enterrées vivantes. Certaines ordonnent par écrit que l'on fasse sur elles le plus de tests possible pour s'assurer qu'elles sont bien décédées ; que l'on attende plusieurs jours avant de les inhumer ; certaines, enfin, vont même jusqu'à exiger d'être enterrées sans cercueil (ainsi, si jamais elles ne sont pas vraiment mortes, au moins elles mourront très vite, étouffées par la terre). Cette terreur d'être enterré vivant est ancestrale et porte même un nom : la taphophobie.

D'où vient le problème ? De cette fameuse "mort apparente", que le Dr Pineau appelle "asphyxie", qui peut durer plusieurs jours avant que le patient finalement se réveille, et qui ne fait pas de différence avec la vraie mort si l'on se contente des tests habituels : tâter le pouls, appliquer la main sur la poitrine, présenter un miroir devant le visage pour voir si le patient respire encore. Le problème devient assez affolant si l'on considère que cette "asphyxie" peut subvenir avec toutes les maladies ! Pineau nous parle même de la passion hystérique, ces fameuses "vapeurs" dont souffrent les femmes ; et à son avis un nombre incalculable d'entre elles ont été enterrées vivantes. Il estime d'ailleurs (toutes maladies confondues) qu'une seule personne enterrée vivante sur mille est finalement sauvée in extremis, ce qui, je trouve, n'est vraiment pas rassurant.

Si on en est là, d'après Pineau, c'est à cause de la négligence et du manque de professionnalisme des personnes chargées de constater les décès ; l'autre raison étant que l'on enterre les gens trop vite ! C'est un comble de voir quelques personnes sauvées in extremis d'une inhumation ignoble par quelqu'un qui pour une fois aura fait preuve de discernement, comme ça, au dernier moment (ex : une jeune fille sauvée par un individu qui avait remarqué ses joues encore joliment colorées).

Et le Dr Pineau d'expliquer aussi qu'il s'agit là d'être charitable envers son prochain, que de prendre toutes les précautions possible pour éviter aux gens d'être enterrés vivants. Il insiste aussi sur le fait qu'il ne faut pas avoir peur de mal faire, et qu'il ne faut pas craindre les représailles du Pouvoir, en particulier dans ce cas précis, et trop fréquent : si l'on entend des cris ou des gémissements sous terre, il ne faut pas hésiter, il faut déterrer ! Et non pas fuir, comme font la plupart des gens ! Il faut être solidaire, que diable !

La lecture de ce petit livre vaut surtout pour l'énumération des 36 "observations" répertoriées par M. Pineau ; 36 faits véridiques qui viennent justifier son propos. Je suppose qu'il s'agirait là pour le lecteur d'être horrifié, sensibilisé, convaincu qu'il faut impérativement, en effet, agir et prendre des mesures d'urgence. C'était l'objectif premier de l'auteur, ouvertement déclaré. Je demande donc pardon au Dr Pineau (Pardon M. Pineau), parce que, personnellement, j'avoue que je me suis marré du début à la fin. Et je me garderai bien de vous raconter toutes ces anecdotes, il faut les lire pour le croire.

Je me contenterai d'en résumer quelques-unes : la femme d'un orfèvre de Poitiers enterrée avec des bagues en or ; un voleur la déterre et, en voulant dérober les bagues doit tirer tellement fort qu'il réveille la morte ; lui s'enfuit terrorisé, elle vivra encore longtemps et fera d'autres enfants, tous orfèvres comme leur papa. A Bruxelles, un homme meurt ; pour s'en assurer on fait les tests habituels + on lui disloque les deux petits doigts de la main + on lui brûle la plante des pieds ; on veut l'enterrer ; au dernier moment (j'ignore pourquoi), quelqu'un a l'idée de lui faire une saignée simultanément aux deux bras et deux pieds : le gars se réveille comme une fleur. Un homme semblait absolument mort, tout le monde voulait l'enterrer, mais une seule personne insistait pour attendre : il constatait que bizarrement le mort, malgré les jours passant, restait chaud et conservait la souplesse de ses membres ; et à la fin en effet le monsieur s'est réveillé.

Un très bon moment, quelques conseils pour éviter d'être enterré vivant : ce livre vaut le détour.

Aujourd'hui la médecine a fait des progrès et, comme le dit Hind Bouchareb dans son article, "désormais les morts seraient bien morts". Seraient ? Voilà t-il pas qu'elle me ferait douter, maintenant ? Car après tout, personne n'est venu témoigner pour assurer qu'il a bien été enterré "mort" ! Et si ? Non, ce n'est pas possible ! ...

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