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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


Madeleine (in L'Ermite de Vallombreuse) (1859) - Melle Florence Strub.

Publié par Jérôme Nodenot sur 17 Décembre 2015, 10:56am

Catégories : #Naines brunes

Melle Florence Strub. Un nom. Derrière ce nom, une personne qui a existé, mais sur laquelle on ne peut pas obtenir le moindre renseignement, du moins quand on est un "chercheur" amateur. Une personne. Une vraie. Une personne qui a vécu au XIXème siècle, sauvée du néant grâce à un livre. Un SEUL livre. Un livre publié chez Dentu, un grand éditeur de l'époque, notamment pour avoir publié de la littérature populaire, genre auquel appartient l'ouvrage dont il va être question ici. Il ne s'agit donc pas d'un livre auto-édité. Pourquoi Florence Strub n'a-t-elle publié qu'un seul livre ? Mystère. Il ne s'agit pas d'un chef-d'oeuvre non plus. Je me suis, en quelque sorte, "épris" de Florence Strub, ce qui est débile et pour tout dire assez morbide. Bon, sans plaisanter, j'aime bien en général ces auteurs, comme ça, qui n'ont écrit qu'un seul livre, perdus, flottant invisibles dans l'immensité de la Bibliothèque. Chacun ses marottes.

Cet ouvrage est constitué de deux histoires "romantiques", et c'est la deuxième, la plus courte, celle qui n'est pas mise en avant, qui a attiré mon attention. La première, si j'en crois ce que j'en ai lu, n'est qu'une sympathique variante d'un roman allemand très populaire quelques années plus tôt : "Ronaldo Ronaldini, chef de brigands" ; j'aurai l'occasion de revenir sur ce roman dans un autre billet.

"Madeleine", donc : l'histoire d'une fille de pêcheurs amoureuse d'un marin qui va la délaisser par ambition, avant de revenir vers elle mais trop tard. Une histoire d'amour, de folie, de fantômes, de bords de mer et de falaises.

Madeleine est en train de raccommoder des filets, outils de travail nécessaires à son père et son frère. Sa vieille mère est avec elle dans la petite maison en haut d'une falaise qui surplombe la mer. Madeleine est inquiète : les hommes ne sont pas encore rentrés de leur journée. La vieille lui rappelle la condition d'une femme de pêcheur ; elle, par exemple, avait déjà perdu trois fils "étendus sur la grève", parce que, dit-elle, "la mer rend ce qu'elle prend".

Georges, le fiancé de Madeleine, un marin, fait son apparition. Il a en fait été pratiquement élevé avec Madeleine, ils se connaissent depuis toujours. Ils doivent se marier, mais là, il vient annoncer à son amoureuse qu'il doit partir : les affaires de son père vont mal et il va s'embarquer sur un navire comme second pour essayer de ramener pas mal d'argent de façon à ce que, deux ans plus tard, il puisse enfin épouser sa belle. Madeleine est triste ; son père et son frère, toutefois, finiront pas rentrer de leur journée de pêche.

Le lendemain, Madeleine regarde le bateau de Georges, un trois-mâts qui s'appelle Corsaire-Rouge, quitter la terre ferme et s'éloigner. Elle est assise sur un rocher noir et repense à son passé heureux avec Georges. Elle est très inquiète. Elle connaît son fiancé, il veut devenir capitaine, qu'elle le veuille ou non, et son ambition finira par l'éloigner d'elle. Elle le pressent. Elle aura raison.

Loin d'elle, Georges prend du galon ; son capitaine lui fait confiance et lui laisse les rênes du bateau pendant ses absences, il se rapproche de lui... et fait aussi en sorte que son poulain se rapproche de sa nièce, la belle Héloïse. Héloïse et Georges finiront par se marier.

Madeleine ne sait rien de cela. Georges, au début, lui écrivait beaucoup, puis un peu moins, puis plus du tout. Elle finira par comprendre que Georges l'a oubliée. Elle devient folle, sorte de fantôme errant sur la falaise, dormant dans une grotte ; elle s'accapare les lieux, comme si cet endroit devenait un reflet de son esprit (relation avec la nature propre au romantisme, on le sait). "Sa folie était douce mais sauvage", nous dit l'auteur. Et puis un jour elle croit entendre Georges et s'enfonce dans la mer ; si elle n'avait pas été secourue par un pêcheur, elle serait morte noyée. La pauvre vieille mère de Madeleine, en apprenant le suicide manqué de sa fille, meurt de désespoir.

Finalement, entre le choc de cette tentative de suicide qui lui a remis les idées en place, et la perte de sa mère qui lui donne de nouvelles responsabilités envers son frère et son père, Madeleine se remet doucement et reprend sa place dans la maisonnée. Quelque temps après elle touchera même un gros héritage, suite à la mort de son oncle (elle ne l'a jamais connu) qui avait fait fortune aux Indes. Elle perdra en revanche son père et son frère, tous les deux morts en mer, j'ai presque envie de dire comme ils se devaient de mourir en tant que pêcheurs.

Peu à peu l'obsession de Georges revient chez Madeleine, et elle finira par retrouver sa trace, au moment même où il s'apprête à épouser Héloïse, à Pondichéry, en Hindoustan. Telle une ombre elle assistera sans être vue à toute la cérémonie, et même presque à la nuit de noces. Ce calvaire qu'elle s'inflige elle-même jusqu'au bout la fera retomber dans sa folie. Elle rentre chez elle et repart vivre sur la falaise comme une sauvageonne. Puis elle finira par mourir, après quelques années. Elle se fera enterrée sur la falaise, face à la mer.

Elle retrouvera Georges, après bien des années, dans la mort. Ce dernier se fera enterrer avec sa bien-aimée après avoir connu tous les malheurs et erré lui aussi sur la falaise, le même nombre d'années que Madeleine. Au fond il ne l'avait jamais oubliée, même s'il n'avait montré à ce sujet qu'un seul signe : prononcer le nom de Madeleine dans son délire, alors qu'Héloïse le soignait suite au naufrage du Corsaire-Rouge.

Disponible sur Gallica au format epub.

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