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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel

Publié par Jérôme Nodenot sur 2 Mai 2016, 10:02am

Catégories : #Insolites

Petite entorse à mon credo habituel : Louise Michel est une personnalité connue ! Je n'ai pas résisté à m'approprier ce petit livre écrit par elle ; c'est Paschal Grousset, un véritable écrivain oublié celui-là, qui m'a amené à m'y intéresser. Je parlerai dans le billet suivant de cet homme, camarade de bagne de Louise Michel.

Après l'écrasement de la Commune par le gouvernement de Versailles, on le sait, quelques milliers de prisonniers ont été envoyés au bagne de Nouvelle-Calédonie, territoire conquis par la France sur lequel tout restait à faire (si l'on peut dire bien sûr) en terme de colonisation. Années très difficiles pour nos bagnards, entre enfermement et semi-liberté errante sur l'île, parmi les Kanakes.

La plupart des prisonniers ont vécu ce terrible exil comme un événement de plusieurs années humiliant, sans issue, insensé ; l'endroit rêvé pour ruminer une haine irrépressible envers le gouvernement de Versailles. Louise Michel, en revanche, écrit ceci à Hugo : « On ne fait pas six milles lieues pour ne rien voir et n'être utile à rien » ; tout en vivant dans les mêmes conditions que les hommes (elle a refusé tout traitement de faveur), elle s'est imprégnée de l'endroit, de sa poésie, elle s'est rapprochée des populations autochtones au point de se donner l'impression parfois de devenir elle-même Kanake (elle parle souvent dans le livre comme si elle faisait partie de ce peuple, par opposition à nous). Elle finira par leur donner des cours, et par se faire recruter comme enseignante à Nouméa. Elle apprendra leur langage, leur musique et leurs contes. Elle aimera même les cyclones.

L'incipit déjà est plein de promesses :

Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel

La langue kanake est très vivante, évolutive, et surtout, nous dit Louise Michel, elle touche à une certaine universalité :

Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel
Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel

Le langage varie souvent aussi entre tribus :

Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel

Louise Michel, ici par exemple, exprime encore une fois l'impact indélébile que cette île aura eu sur elle :

Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel

Ici, un passage assez édifiant qui montre bien à quel point elle s'imprègne du lieu, et de la culture de ses nouveaux amis :

Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel

Un regard sans complaisance malgré tout. Son féminisme reprenant le dessus, elle a un regard très lucide et dur sur la condition féminine dans certaines tribus :

Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel

Pour pouvoir enseigner, il faut d'abord connaître et comprendre les peuples à travers, notamment, leur culture. Louise Michel s'imprégnera passionnément de la culture kanake. A travers la musique :

Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel

La danse :

Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel

La littérature orale, les contes, ont une place prépondérante bien sûr dans leur culture. On imagine Louise Michel s'allongeant avec ses amis pour écouter le conteur :

Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel

Louise se fera tout expliquer par un conteur hors pair parmi ses amis : Daoumi. Il lui racontera beaucoup d'histoires fondatrices de sa culture, et la moitié de ce livre nous en expose quelques-unes, pour notre plus grand bonheur. Les superstitions :

Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel

Les valeurs, comme par exemple ici la modestie :

Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel

Le téléphone arabe existe aussi chez les kanakes. C'est à la vérité un élément de base de la littérature orale :

Légendes et chants de geste canaques (1885)- Louise Michel

Quand elle put rentrer en France grâce à l'amnistie de 1881, elle fut paraît-il partagée entre la joie de retrouver ses amis et la tristesse de devoir quitter sa vie en Nouvelle-Calédonie. Des années difficiles pour elle aussi (c'est là qu'elle deviendra anarchiste), mais pleines, positives, particulièrement instructives et riches en émotion. Un petit livre sur la culture kanake, exotique, bien écrit.

Je précise que l'ouvrage existe en version audio.

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