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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


La complainte de la femme coupée en morceaux (non daté) - Anonyme.

Publié par Jérôme Nodenot sur 7 Novembre 2016, 10:32am

Catégories : #Insolites

Le 9 novembre 1876, les Parisiens (avant que cette affaire ne passionne la France entière) prenaient connaissance d'un crime atroce : une femme découpée en deux morceaux fut repêchée (dans deux sacs différents) dans la Seine près du port de Clichy. Son meurtrier sera découvert, il s'agissait de Joseph-Baptiste Billoir, son amant, ancien militaire, qui vivait depuis son retour à la vie civile de beuveries et aux dépens d'autrui. Ne pouvant plus rien tirer de sa maîtresse (dont il avait déjà dépensé tout le pécule), et ne sachant pas comment se débarrasser d'elle, il avait utilisé ce moyen radical et relativement barbare. Il finit par avouer son forfait aux policiers, après que des cheveux et les viscères de la pauvre femme aient été retrouvés dans la fosse d'aisance de son domicile. Le 15 mars 1877 avait lieu le début du procès, qui devait le mener à la guillotine. Procès à grand retentissement. Vous pourrez lire dans Gallica plusieurs articles de presse à ce sujet, comme par exemple dans le Petit journal : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5932256/f2.item, ou encore dans le Constitutionnel : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6781195/f3.item.zoom, dont je vous livre ici deux extraits :

Le début de l'article montre bien l'affluence au procès :

 

 

La complainte de la femme coupée en morceaux (non daté) - Anonyme.

Où l'on apprend, au moment du procès, l'horreur absolue de ce crime :

La complainte de la femme coupée en morceaux (non daté) - Anonyme.

Comme souvent lorsqu'il s'agit d'une affaire criminelle, ou d'un événement important, qui passionne les populations, on voit la publication d'oeuvres "artistiques" à son sujet, comme des romans ou encore des chansons... plus exactement des complaintes.

Le genre de la complainte est né au Moyen-Âge, pour raconter en général des choses tragiques ou des héros qui finissent mal. C'est par la suite devenu un type de chanson populaire avec plein de couplets, sans art, pour parler de crimes et d'événements tragiques ; des textes lourds, mélodramatiques, bref, pas terribles. Notre femme coupée en morceaux y a eu droit bien sûr, comme par exemple ici : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5778822f/f9.image.r=la%20femme%20coup%C3%A9e%20en%20morceaux.                                                                             . 

Mais parfois, et c'est peut-être là que cela devient plus intéressant, il arrive que la complainte soit aussi détournée en une autre, plus rigolote, dans le but de faire dans la satire ou simplement dans l'humour noir. Comme cette "Complainte de la femme coupée en morceaux", immortalisée elle aussi dans Gallica, dont la date et l'auteur sont inconnus, mais sur laquelle il est possible d'obtenir quelques renseignements. Il est écrit à la fin : "En vente chez S. HEYMANN, 13 rue du croissant, Paris". Or, il s'avère que ce Heymann était un directeur de revues satiriques, comme "Le journal des abrutis", ou encore, à partir de 1880, "La Nouvelle Lune" : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Nouvelle_Lune.                          .    

J'ai trouvé cette complainte très bien faite, légère et efficace, sur l'air de Fualdès (comme beaucoup de complaintes de l'époque, c'est un peu l'air de référence pour les complaintes en général, écrite pour l'affaire Fualdès : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Fuald%C3%A8s).

 

En voici le premier couplet, pour commencer :                                             

La complainte de la femme coupée en morceaux (non daté) - Anonyme.

La population, évidemment, s'interroge sur les faits :

La complainte de la femme coupée en morceaux (non daté) - Anonyme.

Le cadavre, au début, est exposé à la Morgue, pour que chacun puisse venir l'identifier :

La complainte de la femme coupée en morceaux (non daté) - Anonyme.

La portée de cette complainte est aussi satirique, et d'une belle modernité, faisant écho à notre époque qui est elle aussi très sensationnaliste, comme ici par exemple :

La complainte de la femme coupée en morceaux (non daté) - Anonyme.

Enfin, la chanson se termine par un conseil judicieux (sic), et ce sera même sa "Morale" :

La complainte de la femme coupée en morceaux (non daté) - Anonyme.

Je préciserai pour finir que Gallica est une mine d'or pour les amateurs de faits divers. Elle consacre toute une collection de journaux spécialisés à cette rubrique : http://gallica.bnf.fr/html/und/presse-et-revues/faits-divers.

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