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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


L'Enfant du lac et la fée du rêve, conte suédois (1862) - Benjamin Barbé.

Publié par Jérôme Nodenot sur 29 Août 2017, 10:01am

Catégories : #Naines brunes

Voici un conte qui, si l'on y regarde d'assez près, va nous mener à une petite histoire dans la grande Histoire de Napoléon III.

L'intrigue en est fort simple, l'atmosphère hivernale et chaleureuse : une famille dans la souffrance puis le deuil, un enfant qui va faire du patin à glace sur un lac gelé ; une fée, que l'enfant rencontre sur le lac, et qui apportera une dernière joie à la maman qui est en train de mourir, et qui réconfortera le papa qui sera après la mort de son épouse dévasté par le chagrin. Cette fée, la maman l'avait vue quelque temps auparavant dans un de ses rêves. Elle l'avait dit à son fils.

Un conte qui, par définition, est sorti de l'imagination de son auteur, mais dont certains détails semblent trop "vrais" pour ne pas avoir été vécus (c'est du moins ce que j'ai ressenti de prime abord). Ensuite, très vite, on comprend que ce conte est une oeuvre de circonstance : il s'avère que la fée du lac n'est autre que l'impératrice du pays, une vraie personne en chair et en os. Le conte a été publié en 1862 (sous le Second Empire, donc), et il est dédié d'emblée à l'impératrice Eugénie, femme de Napoléon III comme on le sait.

J'ai été un peu déçu lorsque j'ai compris que la fée, héroïne du conte, n'était autre que l'impératrice. Voilà, me suis-je dit, une histoire sympa, rafraîchissante, mais qui n'est en fait pour l'auteur qu'un moyen de cirer les bottes du couple impérial.

Toutefois, les détails "qui font vraiment vrais" dont j'ai parlé plus haut m'ont poussé à fouiller un peu. Par exemple, le fait que l'auteur puisse avoir conscience que dans le deuil d'une mère les enfants ont en fait plus de force que le père (vérité qui appartient plus à une réalité psychologique qu'à la mythologie des contes !).

Et mes (petites) recherches m'ont permis de comprendre un peu mieux (peut-être) la genèse de cet "enfant du lac".  

Quelques années plus tard en effet, en 1879, est paru un autre livre de Benjamin Barbé : "L'inconsolée", avec une préface d'Alexandre Dumas fils, dans laquelle ce dernier affirme que le livre en question a été écrit quelque vingt ans plus tôt (aux alentours de 1860, donc très certainement avant l'écriture du conte) ; livre que l'auteur avait écrit apparemment pour essayer d'alléger sa peine après la mort de son épouse, morte elle-même de douleur suite au décès de l'un de ses enfants. Livre dont j'ai parcouru quelques pages et que j'ai trouvé mélodramatique et fade, sans ce recul artistique qui permet de faire apprécier à autrui à peu près tout et n'importe quoi, si c'est bien fait. Mais n'empêche, il m'aura confirmé dans mon idée selon laquelle il y a beaucoup de vécu, hélas, dans "L'enfant du lac et la fée du rêve". 

D'autre part, a priori dès le début du Second Empire, Benjamin Barbé a fait construire un château à Capvern-les-bains dans les Hautes-Pyrénées (village où, coincidence extraordinaire, je suis passé moi-même maintes et maintes fois dans mon enfance lorsque je me rendais en vacances à Campan). Le château, d'ailleurs, porte encore son nom (le château Barbé). Comment diable cet homme, journaliste, politique, écrivain, mais pas d'une si énorme renommée, a-t-il pu faire construire un château ? J'ai eu beaucoup de mal à obtenir des renseignements sur l'histoire de cette bâtisse, qui fait aujourd'hui chambre d'hôte et est un restaurant gastronomique. Je n'ai trouvé sur internet qu'un article (mais très intéressant) dans "La Dépêche", qui nous apprend que ce château semble avoir été construit par Benjamin Barbé, mais avec les deniers... de Napoléon III en personne, pour le remercier de son soutien ! http://www.ladepeche.fr/article/2009/06/21/627330-capvern-dormir-chateau-barbe-garconniere-napoleon-iii.html Lui-même est venu au château en 1860, reçu par Barbé, alors conseiller général bonapartiste du secteur. Quand on survole les grandes lignes de l'histoire du Second Empire, Barbé n'apparaît pas vraiment et ne semble pas avoir joué un rôle si important. Il a participé à la Révolution de 1848, ça on le sait, il a très certainement soutenu Napoléon avant et après son coup d'Etat, mais quand même. Il reste là-dessous une part de mystère, mais quoiqu'il en soit il semble démontré que Barbé était très proche du couple impérial !

Le conte, publié en 1862, prend alors une toute autre ampleur : il représente de manière allégorique tout l'état d'esprit d'alors de son auteur (le deuil, la souffrance, le soutien fondamental qu'a sans doute apporté l'impératrice à sa femme avant qu'elle meure, à ses enfants et à lui-même après le décès, etc.). Il est même possible d'imaginer que certaines anecdotes sont de véritables souvenirs. 

Quelques extraits du conte :

Ici, l'impératrice devient un personnage de conte de fées : 

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Dernier moment de tendre complicité entre l'enfant et sa mère :

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La douleur d'un père :

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Joie et fierté de l'enfant après sa deuxième rencontre avec la fée :

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Et enfin pour finir, l'impératrice qui offre à l'enfant, qui a 11 ans, un verre de vin chaud ! 

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