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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

(Cabinet de curiosités littéraires)


Le choléra et la peur, ou Guerre aux alarmistes (1854) - Arthur Berr de Turique.

Publié par Jérôme Nodenot sur 19 Avril 2021, 10:39am

Catégories : #Insolites

En 1854, la France est sous le Second Empire et la guerre de Crimée fait rage ; mais aussi, à partir de juin, l'épidémie de choléra qui sévit dans le pays depuis 1853 prend des proportions très importantes à Paris et dans quelques autres départements. C'est à ce moment-là qu'est publié le texte dont il va s'agir ici, et cette actualité brûlante de l'époque fait bien évidemment écho à notre propre situation d'aujourd'hui, à l'heure où la troisième vague de la pandémie du Covid-19 vient de faire franchir à la France le cap des 100000 morts. 

Ce texte a-t-il été écrit dans l'urgence par un médecin ? Pas du tout, Arthur Berr de Turique, si j'en crois les informations glanées dans le catalogue général de la BnF, est simplement un petit écrivain (quatre publications sans importance, directeur d'une revue éphémère) ; d'ailleurs "Le choléra et la peur" n'a rien d'un texte épidémiologiste, c'est tout simplement un poème ; mais qui reste riche d'enseignements par rapport à l'appréhension que nos ancêtres pouvaient avoir vis-à-vis d'une maladie dangereuse, et qui n'est pas si éloignée de nos propres comportements. 

Comment pourrait-on résumer le propos de l'auteur ? Je ne vois pas meilleur moyen que de dire ceci : Arthur Berr de Turique, c'est déjà un peu l'Angelo du "Hussard sur le toit" à qui Giono donnera vie cent ans plus tard. Sa particularité, en effet, comme Angelo, c'est de croire férocement qu'il n'est possible de tomber malade du choléra que si l'on en a peur. Ce serait donc quelque part ce sentiment qui rendrait les épidémies si meurtrières. 

La peur, c'est d'abord l'incompréhension, l'ignorance des populations face à un ennemi invisible (page 6) :  

Le choléra et la peur, ou Guerre aux alarmistes (1854) - Arthur Berr de Turique.

La peur c'est aussi le mal en lui-même, qui, bien que différent d'un virus à l'autre, est toujours très impressionnant et affreux (et la description du choléra ici n'a rien de réconfortant avouons-le) (page 8) :

Le choléra et la peur, ou Guerre aux alarmistes (1854) - Arthur Berr de Turique.

Toutefois Arthur Berr de Turique est formel, ce mal ne peut prendre autant de proportions et mener à la mort que stimulé par la peur.

Et la peur, c'est aussi très souvent l'angoisse et la curiosité plus ou moins malsaine, renforcées par des rumeurs catastrophistes comme on en entend nous aussi beaucoup aujourd'hui (page 9) :

Le choléra et la peur, ou Guerre aux alarmistes (1854) - Arthur Berr de Turique.

Tout le monde devient un peu hypocondriaque (page 11) !

Le choléra et la peur, ou Guerre aux alarmistes (1854) - Arthur Berr de Turique.

Je ne raconterai pas l'histoire allégorique assez inepte de la fin du poème qui permet à Arthur de résumer son propos, très faux évidemment dans son ensemble, même si l'on a pu constater lors de notre propre pandémie que la peur en revanche contribue bel et bien au mal-être de la population ; peur qui a diminué beaucoup entre les premier et troisième confinements, j'ai même connu personnellement des gens très "paranos" au début et totalement libérés aujourd'hui, preuve s'il en est qu'il est également possible de s'habituer à un virus, d'apprendre, pour reprendre des mots utilisés souvent depuis quelques mois, "à vivre avec". N'allons pas toutefois jusqu'à devenir tous autant que nous sommes des "Angelo" capables de marcher tranquillement parmi les agonisants contagieux. Apparemment il semblerait en tous les cas qu'Arthur Berr de Turique, quelle que soit la méthode qu'il a utilisée, s'en soit sorti, puisque ces autres oeuvres ont été écrites ultérieurement.

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