Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


Petit coeur (1903) - Jean Viollis

Publié par Jérôme Nodenot sur 10 Septembre 2013, 09:21am

Catégories : #Naines noires

J'ai vécu pendant dix ans dans le quartier Purpan à Toulouse, plus précisément rue Jean Viollis, et je m'étais toujours demandé qui pouvait être cet écrivain dont j'ignorais l'oeuvre et l'existence, moi qui, sans être un érudit, avais fait des études de lettres et avais passé les deux tiers de mon temps à dévorer des livres. Cette question, la grande majorité des habitants du quartier ne se la posait pas, pour eux Jean Viollis était une rue et puis c'est tout. Un jour, sur le tard, en découvrant Gallica j'ai eu l'idée d'en savoir un peu plus et j'ai eu l'occasion de lire "Petit coeur", de Jean Viollis. Je me suis dit : combien d'auteurs sont comme lui, perdus dans l'immensité du MDB ? D'autant que ce roman, sans crier au chef-d'oeuvre, m'avait plu, en sus de l'émotion ressentie à "rencontrer" la personne qui donnait son nom à ma rue.

Si l'on cherche "Jean Viollis" sur internet, en fouillant un peu, nous apprenons qu'il s'agit là d'un pseudonyme, que le vrai nom de l'auteur est Henri d'Ardenne de Tizac (1877-1932), qu'il fut un spécialiste de l'art chinois, mais ce qui saute aux yeux, ce qui revient le plus souvent, c'est que Jean Viollis, c'est une rue de Toulouse (je le savais déjà), et qu'il fut le mari d'Andrée Viollis (journaliste, écrivain, féministe) qui a, elle, laissé une trace plus marquante dans la postérité. En un mot, Jean Viollis, l'écrivain, est tombé aux oubliettes.

"Petit coeur" raconte l'éducation sentimentale tragique d'un enfant de douze ans, Séverin, que ses amis surnomment Petit coeur, parce que c'est une âme sensible et un être fragile. C'est plaisant à lire, c'est bien écrit (en son temps Jean Viollis était connu et publié au Mercure de France), mais le plus important n'est pas là. On peut lire "Petit coeur", aussi, comme une oeuvre appartenant directement au naturisme (je n'ai pas dit naturalisme), mouvement littéraire tombé également aux oubliettes, fondé par le gendre de Zola et qui préconise, en réaction contre le symbolisme, le retour aux sensations physiques, à la jouissance de vivre en s'imprégnant de nature et des petites choses du quotidien. Cette dimension naturiste du roman est peut-être ce qui m'a le plus parlé (on y découvre aussi la vie d'une petite ville du Sud-Ouest de la France de l'époque) ; d'un point de vue "philosophique", ce naturisme m'a évoqué un peu Hemingway, cette façon de humer la nature, de la laisser pénétrer en nous par tous les sens. "Petit coeur" est un roman court, à découvrir absolument.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Articles récents