Jusqu'à présent j'ai relevé trois intérêts à (re)lire tous ces vieux bouquins oubliés dans Gallica. D'abord, redécouvrir des auteurs qui étaient très populaires à leur époque ou de la littérature "jeunesse" (en un mot répondre à cette question : que lisaient nos ancêtres ?) ; ensuite, des livres insolites (dont la seule utilité est de nous réjouir) ; et enfin, des livres "témoignages" (écrits à chaud par des auteurs souvent inconnus sur des sujets d'actualité ou des coups-de-coeur).
C'est à cette dernière catégorie qu'appartient l'ouvrage dont il va être question ici.
Nous n'avons pas beaucoup d'informations sur l'auteur, poète et surtout chansonnier sur le plan artistique, mais par ailleurs sauveteur de profession, et notamment à Nice. Nous apprenons également dans le livre qu'il a reçu la "Médaille d'honneur du Gouvernement et de la société nationale d'encouragement au Bien", ce qui laisse à penser que c'était un chic type.
Avant Monaco Béor avait déjà écrit un poème sur Saint-Marin, à croire que c'était un amoureux des tout petits pays.
La principauté de Monaco, à l'époque où ce texte a été écrit, comptait environ 1200 habitants. Séparée de Menton et Roquebrune depuis quelques années qui ont choisi le rattachement à la France, ses revenus jusqu'alors essentiellement agricoles disparaissent en grande partie. Le roi Charles III (sur les conseils de sa mère) décide de ré-ouvrir le casino déjà construit en 1856 et ce seront les débuts de ce paradis fiscal que deviendra peu à peu Monaco.
En 1878, date du poème, nous sommes dans cette effervescence, des joueurs riches viennent déjà du monde entier. Mais dans le même temps Monaco avait gardé encore sa ruralité, très loin des 18000 habitants au kilomètre carré d'aujourd'hui.
Dès le départ, le poème (où Béor est un peu rude avec les monégasques en affirmant qu'ils n'ont pas d'histoire), nous fait sourire (page 1) :
Pour le plaisir, imprégnons-nous du Monaco de l'époque à travers ce passage bucolique et pacifique qui nous fait comprendre que quand Béor parle d'"Histoire" il voulait surtout parler de "guerre" (page 2) :
La ruralité est présente... mais déjà le Monaco d'aujourd'hui s'apprête à sortir de sa coquille (page 6) :
Ce qui est intéressant dans ce poème, c'est que l'auteur alterne (malgré lui je pense) entre visions bucoliques et descriptions d'un Monaco déjà plus friqué. Ici, évidemment en lisant ces lignes, on ne peut pas s'empêcher de pouffer (page 8) :
Avec les richesses touristiques engendrées par le casino et les maisons de jeu, Monaco gagne suffisamment pour vivre et Charles III décide en 1869 de supprimer les impôts sur le revenu et sur l'immobilier. La messe est dite, et ce sera le début de constructions innombrables et d'avancées sur la mer pour construire toujours plus. Dix ans plus tard Béor témoigne donc des débuts de ce paradis fiscal que deviendra la principauté, repéré manifestement très vite par le gratin mondial (page 10) :
Un poème "témoignage" plus qu'intéressant dans son paradoxe : il nous décrit un Monaco encore bucolique et rural et dans le même temps les prémices de ce que la principauté va devenir... un paradis fiscal ou bien un paradis perdu ? Chacun se fera son opinion.
La Principauté de Monaco : poëme / par L.-J. Béor,...
La Principauté de Monaco : poëme / par L.-J. Béor,... -- 1878 -- livre
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55057391/f1.texteImage
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