Paul de Musset, frère du grand Alfred, était lui aussi écrivain. Ce sont les premiers succès littéraires de son cher frère cadet qui lui ont donné envie d'écrire. Spécialisé dans les restitutions historiques sous forme de romans, il pouvait écrire également des oeuvres plus fantaisistes, dans un style caractérisé par l'élégance et la sobriété. Gagnant sa vie comme employé au ministère de la Guerre (où son père était sous-directeur), il n'aura jamais connu la reconnaissance littéraire, ni de son vivant, ni après sa mort. Toutefois, "Monsieur le Vent et madame la Pluie", s'il n'en existe pas vraiment de résumé aujourd'hui sur internet, est régulièrement "réédité" si l'on en croit le catalogue général de la BnF (dernière réédition : 2010).
Il faut dire que, entre le titre qui suscite la curiosité, le caractère enfantin du propos, les jolies illustrations dans l'édition originale de Gérard Séguin, et le style, nous pouvons facilement être séduits.
Mais que raconte donc ce livre original et plein de fantaisie ?
Jean-Pierre est un pauvre meunier breton qui manque bien de vent pour faire tourner son moulin, et de pluie pour faire pousser les légumes de son jardin. Sa femme vient d'accoucher et le petit Pierrot ne peut que difficilement se nourrir car sa mère souffre de malnutrition.
Une nuit, le Vent (personnifié sous forme humaine) s'engouffre dans la chaumière insalubre de Jean-Pierre, très heureux de pouvoir se reposer un peu (pages 14-15) :
Pour se faire remercier, le pauvre meunier demande au Vent de faire tourner son moulin pendant au moins quelques heures avant de repartir jouer son rôle ailleurs. Le Vent accepte. Peu de temps après c'est la Pluie (elle aussi personnifiée sous forme humaine) qui arrive et qui fait de même. Jean-Pierre lui demande d'arroser son jardin. Elle accepte. Du coup, quelque temps après, plusieurs sacs de farine sont produits et de bons légumes ont poussé dans le jardin, permettant de gagner de l'argent et donner un peu d'air au jeune couple. Le Vent et la Pluie ont chacun également indiqué à Jean-Pierre où ils résident lorsqu'ils ne sont pas en activité.
Mais le seigneur du coin, un baron cruel, arrive bientôt pour récolter son impôt et une grande partie de l'argent gagné doit lui être donné sous la menace. La misère se réinstalle. Jean-Pierre décide d'aller voir le Vent afin d'essayer de lui demander de l'aide. Le Vent le reçoit assez mal mais lui donne toutefois une boîte qui, dit-il, le sauvera définitivement de la misère. Jean-Pierre rentre chez lui et, avec son épouse, il ouvre la boîte et découvre à l'intérieur une mini cuisine avec de mini cuisiniers qui concoctent des mini bons plats. Des mini domestiques posent les mini plats sur la table du pauvre couple et soudain ces derniers grandissent à échelle humaine ! Et l'opération, manifestement, peut se répéter tous les jours (pages 34-35) :
Malheureusement, Claudine, pipelette de nature, ne peut s'empêcher de parler de cette bonne fortune et de cette boîte à sa voisine qui en parle à son tour autour d'elle et cela parvient aux oreilles du baron, qui très vite arnaque Jean-Pierre en lui proposant 10000 livres (de quoi vivre dans la prospérité pendant des années) pour acheter le tonneau tout en ne lui donnant de suite qu'une avance de 1000 livres (et sans jamais lui donner le reste évidemment). Dispute entre Jean-Pierre et Claudine (l'une reprochant à l'autre sa naïveté et l'un reprochant à l'autre d'avoir révélé le secret au baron).
Au bout d'un an, la misère revient dans le ménage. Jean-Pierre décide d'aller revoir le Vent, qui cette fois le reçoit très en colère, il lui donne un autre tonneau mais Jean-Pierre, sur le coup ravi, va vite déchanter : une fois ouvert un géant en sort qui le tabasse à coups de bâtons. Il s'agit en réalité d'une malédiction. Le baron, toujours avide de plus de confort, veut acquérir ce nouveau tonneau ; Jean-Pierre, qui tient peut-être là sa revanche, lui vend au prix fort, assurant sa prospérité pendant de nombreuses années (pages 54-55) :
Le baron aura beaucoup de mal à se remettre des coups infligés par le géant. Mais il se vengera, en privant Jean-Pierre de charrue et de tout ce qu'il lui faut pour assurer la bonne marche de sa ferme qui avait pourtant retrouvé la prospérité.
Jean-Pierre va voir Madame la Pluie qui lui apporte son aide en lui offrant une boîte magique contenant un théâtre de marionnettes. Cadeau apparemment sans utilité pratique mais dont Pierrot, le fils de Jean-Pierre et Claudine qui a bien grandi, saura tirer profit. En le faisant fonctionner devant les enfants du château du baron (où il a réussi à se faire inviter), peu à peu il s'attirera l'amour de Marguerite (la fille du baron) et l'affection d'une belle-mère (pages 64-65) :
En outre, souhaitant devenir chevalier afin de pouvoir être digne de Marguerite et l'épouser, Pierrot saura tirer profit habilement de Madame la Pluie et Monsieur le Vent pour protéger le roi Guillaume entré en guerre, et ainsi s'attirer ses faveurs.
Paul de Musset affirme dans sa préface que cette histoire serait en fin de compte la restitution en un seul livre de différentes variantes d'une histoire qu'on lui racontait lorsqu'il était enfant, et que les Bretons se racontaient aussi entre eux chacun à sa manière :
Parmi les pièces de théâtre contenues dans la boîte magique donnée par Madame la Pluie s'en trouvait une intitulée : "Le chevalier Jasmin et la princesse Églantine". Mise en abyme ultime, car il s'avère que ce sera à la fin l'histoire même de Pierrot et Marguerite. Une histoire que j'ai résumée ici sans doute de manière un peu froide et rapide, mais croyez-moi qu'en y ajoutant le liant du style et du talent de Paul de Musset le tout est on ne peut plus plaisant.
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