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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


Contes de toutes les couleurs. Le petit Nab (1882) - Saint-Juirs.

Publié par Jérôme Nodenot sur 13 Octobre 2015, 12:02pm

Catégories : #Naines brunes

L'ouvrage qui le premier a permis à Eugène Grasset (maître de l'art décoratif) de se faire remarquer est un conte qui s'intitule : "le petit Nab", écrit par Saint-Juirs, alias René Delorme, publiciste, critique d'art, et écrivain tombé dans l'oubli de nos jours. Grasset s'est occupé des illustrations de ce petit livre, j'en donne un aperçu dans ce billet. Voilà déjà qui justifie à lui seul de s'intéresser à ce petit ouvrage de 70 pages environ.

Pour l'archéologue littéraire que je suis, l'auteur Saint-Juirs ne manque pas d'attrait a priori ; il possède ce que j'appelle le "génie du titre", et les titres, quand on avance à l'aveuglette dans Gallica, voilà ce qui attire le regard en premier (petit conseil au passage pour les auteurs d'aujourd'hui qui veulent pouvoir se faire remarquer plus tard par les futurs gallicanautes bibliophiles, CQFD). L'oeil, obligatoirement, est attiré quand il voit : "Une coquine, "Cherchez l'amour", "Fleurs troublantes", "J'ai tué ma femme", etc. On ne s'attend pas à y découvrir des chefs-d'oeuvre, évidemment, mais il faut bien se rendre à l'évidence : ça interpelle. Delorme a même écrit un livre étrange : "Boîte aux lettres, par un indiscret" où les pages sont manuscrites ! Comme s'il s'agissait vraiment d'un pervers qui publierait simplement les lettres qu'il a subtilisées, comme ça, à l'état brut, pour le simple plaisir de les collectionner. Un livre assez illisible, je trouve, celui-là. Pour info tous ces livres sont dans Gallica.

Et puis, Delorme a aussi écrit ce conte : "le petit Nab", va savoir pourquoi. J'ai envie de dire : une jolie histoire pour le plaisir des yeux ; dans les illustrations mais aussi dans les mots et les situations, tout ici est rempli de couleurs.

Le chevalier Pécopin doit épouser Aude, la fille du comte de la Neuville-en-Hez, quand ce dernier sera rentré de Palestine "où il a été occire les infidèles". En attendant ce moment, Pécopin s'est couvert de gloire en tuant des géants, des monstres, en délivrant de belles dames, en faisant, en somme, "tout ce qui concerne son métier de bon et loyal chevalier". Lorsque Pécopin apprend le retour du comte, il rentre si vite en Picardie qu'il laisse derrière lui tous ses hommes (intendant, page, etc.), épuisés les uns après les autres par une semaine de route sans sommeil. Juste avant de parvenir au château, Pécopin rencontre une centenaire qui porte une grosse charge. Il l'aide, et en retour elle lui offre le petit Nab, un chat noir, qui sera son compagnon et lui sera de très bon conseil tout le long de l'histoire (le petit Nab est un chat bizarre), en lui indiquant à chaque fois la bonne direction à prendre.

Pécopin arrive au château, et découvre par hasard le comte (son futur beau-père) en discussion avec un sarrasin qui apparemment lui a sauvé la vie et qui, en échange, exige la main de sa fille Aude (la promise de Pécopin). Ce sarrasin est un magicien maléfique et l'on comprend bien que ce sera le méchant de l'histoire. Pécopin tente d'intervenir mais ne pourra, ni tuer le sarrasin, ni empêcher le sortilège : Aude dormira pendant une année entière, le temps que le comte s'organise et se fasse à l'idée, et dans un an le sarrasin viendra chercher son "dû".

Contes de toutes les couleurs. Le petit Nab (1882) - Saint-Juirs.

Pécopin repart donc du château (je précise qu'il na toujours pas dormi, ce gars m'épate vraiment), bien décidé à occire ce méchant magicien malgré ses pouvoirs et sa pseudo invincibilité. Il recroise la centenaire qui encore une fois lui sera d'un grand secours, en lui indiquant un endroit où Pécopin pourra trouver une épée magique capable de zigouiller n'importe quel méchant sarrasin.

Il lui faudra pour cela, par contre, traverser un désert de vipères, une forêt de tigres, affronter un gardien (qui n'a pas l'air commode),

Contes de toutes les couleurs. Le petit Nab (1882) - Saint-Juirs.

terrasser un dragon, traverser le détroit de Gibraltar (de la manière suivante : notre héros fera prendre assez d'élan à son cheval pour le traverser d'un bond ; cette monture aussi m'épate beaucoup)...

Contes de toutes les couleurs. Le petit Nab (1882) - Saint-Juirs.

Je n'en dirai pas plus. Le conte est court, il peut se lire en très peu de temps. Le livre qui aura permis à Eugène Grasset de se faire connaître, donc ; et un conte plaisant à lire, qui nous rappelle en quelques pages les moments de chevalerie de notre enfance. Et à la fin, le petit Nab et la centenaire nous surprendront beaucoup, et nous comprendrons tous ces détails disséminés un peu partout, et qui nous paraissaient étranges ou mystérieux.

Disponible au format papier chez Hachette BnF.

Le sarrasin.

Le sarrasin.

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Morel 14/10/2015 12:25

Bonjour,

Je viens de découvrir votre blog et merci pour ces partages d'anciens ouvrages, faire revivre les auteurs et histoires de l'époque qui sont accessible sur Gallica, c'est honorable!

De plus ce petit résumé d'histoire met l'eau à la bouche : comment se passe la confrontation entre Pécopin et le sarrasin ? Va-t-il retrouver sa bien-aimée ? Quel rôle déterminant à le chat dans l'histoire ? :)

Merci de nous faire partager ce moment,

Tim

Jérôme Nodenot 19/10/2015 10:55

Bonjour,
Et merci Tim pour vos encouragements. Bonne découverte de ce blog, de Gallica, et si un jour cela vous prenait de faire la même chose que moi, de devenir vous aussi un gallicanaute bibliophile, faites-moi signe, je vous y aiderai ;)
Bonne continuation à vous.

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