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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


Une forêt cachée : 156 portraits d'écrivains oubliés (2013) - Eric Dussert

Publié par Jérôme Nodenot sur 17 Juin 2015, 10:13am

Catégories : #Eric Dussert & Co.

"Une forêt cachée" est le livre qui justifie en grande partie le fait que j'aie souhaité consacrer une rubrique à Eric Dussert, notre maître es "archéologie littéraire" (l'expression est de lui, je crois) ; seule digression contemporaine sur un blog consacré exclusivement, bien sûr, aux livres anciens. Vous pourrez lire ci-dessous une interview lumineuse d'Eric Dussert sur Gonzai, ainsi que visionner l'émission "Un livre, Un jour" consacrée en 2013 à l'ouvrage dont il est question ici. Vous trouverez aussi sur internet des commentaires assez nombreux ici et là, et je me contenterai moi-même, pour éviter les redites, de parler de ma relation assez particulière avec cet ouvrage capital.

"Une forêt cachée" est le livre de chevet de tous les amateurs de lecture qui aiment à jouer (exclusivement comme moi, ou à l'occasion) aux "archéologues" du patrimoine littéraire. C'est un livre qui vous donnera envie de découvrir (notamment grâce à Gallica) certains auteurs dont Dussert parle, mais aussi peut-être de devenir, comme moi, un "petit Eric Dussert" qui, dans son coin et sans érudition, en simple amateur, s'amuse à effectuer ses propres fouilles pour le seul plaisir de se constituer une bibliothèque singulière.

Ce livre n'est pas d'ailleurs pour moi un "livre de chevet" au sens strict, il s'agirait plutôt d'un livre-compagnon, qui traîne partout dans la maison et que j'attrape de temps à autre. Du coup "Une forêt cachée" est multi-fonctions chez nous : je le lis et je le relis très fréquemment (une notice à chaque fois), mais il sert aussi de cale pour nos meubles, de bouche-trou quand on permet à nos furets de circuler dans le salon-cuisine, de mise à niveau de la table quand on met les rallonges, etc. Un livre qui a le don de se rendre indispensable, à tous points de vue, et Eric Dussert et ses écrivains oubliés finalement font un peu partie de la famille.

Je suppose qu'il est possible de dévorer "Une forêt cachée" comme un roman ou un essai, mais personnellement j'ai pris l'habitude de le lire par épisodes, de la même manière que je lis tous mes livres fétiches : "Mélanges tirés d'une petite bibliothèque" de Charles Nodier, "Le livre des singularités" de Gabriel Peignot, "Mémoires d'un bibliophile" de Tenant de Latour, etc. Des livres comme faisant partie de mon univers, tout simplement, et que j'ai besoin de retrouver régulièrement, de sentir à mes côtés en permanence.

Je vais faire ici une constatation très personnelle et qui ne plaira peut-être pas à tout le monde, ni à M. Dussert qui est mon idole : je trouve que cette "forêt cachée" peut être une fin en soi. Bien sûr, le lecteur finit toujours par s'intéresser à quelques écrivains au point de vouloir lire leur oeuvre (et ça été mon cas, et c'est tant mieux), mais globalement le simple plaisir de découvrir ces petites biographies se suffit à lui-même, et la satisfaction de se dire qu'en découvrant ces auteurs on participe déjà à leur réhabilitation, sans qu'il y ait besoin que l'on fasse davantage ; un peu comme Borges qui nous dirait que les résumés de livres peuvent suffire, et qu'il n'y aurait pas besoin de les écrire.

J'ai le même sentiment avec mes autres livres fétiches (déjà cités en partie ci-dessus), au point de me demander si cette littérature (l'archéologie littéraire) ne pourrait pas constituer une sorte de genre à part entière, auquel les lecteurs s'intéresseraient par curiosité ou pour acquérir une culture plus originale ; pour, par exemple, découvrir les péripéties de l'histoire littéraire à travers des notices biographiques à la fois incroyables et véridiques (comme dans "Une forêt cachée"); ou encore, par exemple, découvrir des commentaires sur des livres réels mais que personne ne lit plus (comme dans "Mélanges tirés d'une petite bibliothèque"). Un genre littéraire qui aurait ses grands hommes (comme Dussert) mais aussi ses "petits" (comme moi), et un peu partout ; tout amateur de lecture, en effet, est un "petit Dussert" en puissance, s'il aime à parler des livres qu'il lit et s'il peut avoir la curiosité de s'intéresser au patrimoine littéraire (notamment à travers Gallica).

"Une forêt cachée", pour ceux-là ou pour les simples curieux, est un moment capital dans l'histoire de l'archéologie littéraire. Les notices sont classées, par souci de ne pas hiérarchiser, de manière chronologique. On aurait pu les classer aussi en fonction des caractères dominants de chacun de ces écrivains, comme le fait un peu Eric Dussert dans le texte de présentation à son ouvrage : "les taiseux refusant de publier leurs écrits (Robert Honnert, François Prieur, Gérard Hiltbrand) ; les écrasés (Charles Dovalle, Victor Escousse, Sophie Podolski, Miriam Silesu) ; les effacés (Ilarie Voronca, Julien Vocance, Loys Masson encore) ; les autonomes (Gustave-Arthur Dassonville, René-Louis Doyon, Clément Maraud) ; les porteurs de valise (Daniel Mauroc, Léo Lack, Jean-Claude Hémery) ; les énigmatiques (Jacques Povoloski, André Paysan, Doette Angliviel) ; les sombres (Edouard Ganche, Georges Marsat) ; les expatriés (Diraison-Seylor, Makambo) ; les acides (Odette Keun, Lorédan Larchey, Philarète Chasles) ; les agraires (Adrienne Savatte, Joseph Cressot, Gabriel Gobron, Marcelle Delpastre) ; les trimardeurs et les beatniks (Léon Deubel, Marc Stéphane, Bienvenu Merino, Georges Buis) ; les hallucinés et les criminels (Jacques Besse, Georges-A. Denis, Marcel Lami) ; les cabochards (Roger Rabiniaux, Marguerite Comert, Raymond Cousse, Alain Mercier) ; les humoristes et les déraisonnables (Eugène Chavette, Henry Maret, Paul Méral, Jean Linard) ; les empathiques et les doux (Francis de Miomandre, Léon Bonnet, Léon Frapié)"

Comme on le voit, le monde des écrivains oubliés est une galaxie d'une richesse infinie, dans laquelle on peut s'aventurer pour faire des rencontres étonnantes et découvrir de véritables trésors (littéraires et/ou humains). Et "Une forêt cachée" la meilleure porte d'entrée possible à cet univers fascinant. Vous pouvez vous le procurer un peu partout ; pour ma part je vous propose de l'acheter sur le site de la Librairie Ombres Blanches (librairie indépendante sur Toulouse qui est très connue).

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