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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


Les blagues de l'univers (1866) - P. T. Barnum.

Publié par Jérôme Nodenot sur 9 Décembre 2015, 11:37am

Catégories : #Insolites

De milliers de personnes au XIXème siècle jusqu'à, plus récemment, Michael Jackson, P. T. Barnum aura fasciné le monde entier : c'est lui, par exemple, le vieux monsieur représenté en bas de la pochette de "Dangerous". Lui-même, pourtant, se définissait comme le "prince des charlatans".

Mais qui était donc cet homme ? Un entrepreneur de spectacles américain. L'inventeur du plus grand cirque de tous les temps : trois pistes, des centaines d'animaux plus rares et extraordinaires les uns que les autres, des attractions impressionnantes. Des arrivées triomphales dans les villes, par chemin de fer, avec 80 wagons et 3 locomotives. Mais surtout, le plus grand mystificateur, qui aura su se jouer avec talent de la crédulité des gens. Parmi ses célèbres attractions, on peut citer entre autres Joice Heth (160 ans, ancienne nourrice de Georges Washington),Tom Pouce, ou encore l'éléphant Jumbo (qui deviendra le Dumbo de Disney). Michèle Barbier, dans son livre "Ces merveilleux fous du cirque", le décrit en ces termes : « roi du bluff, promoteur de la publicité, créateur du star system, symbole du self made man et du businessman » (Source : Wikipedia).

Son idée était de mystifier les populations, non pas pour les arnaquer, mais pour leur donner du plaisir. Et s'il fut un homme d'affaires avisé (et richissime), ll fut aussi à sa manière un artiste : art de savoir trouver et mettre en valeur des illusions dans des spectacles gigantesques ; art, enfin, de les présenter au public à travers des coups médiatiques inégalables. Un artiste (le plus grand sans doute) de la Blague (au sens de canular, mystification, illusionnisme, charlatanisme).

Barnum a aussi écrit des livres, ses mémoires par exemple qui sont également sur Gallica, ou encore celui dont il va être question ici : "Les blagues de l'univers", dans lequel il répertorie (en les racontant de manière très efficace) des dizaines de charlatans de tous bords et de toutes nationalités. Ce ne sont que des histoires vraies (la plupart sont facilement vérifiables aujourd'hui avec internet), et très souvent elles sont hallucinantes. Il ne s'agit pas d'un livre exhaustif (l'auteur prétend qu'il aurait pu en écrire encore beaucoup d'autres tellement le nombre de charlatans en ce monde est considérable), mais très complet : charlatans de l'entourage de Barnum ; charlatans "spirites", charlatans du commerce, tout y passe, regroupé en trois rubriques. Pour le plaisir, je vais en énumérer ici quelques-uns :

Mangin, le célèbre marchand de crayons à Paris qui se promenait de place en place avec sa carriole : il haranguait les foules, faisait semblant, par exemple, de dessiner un client dans l'assemblée autour de lui puis montrait le résultat, un âne. Il savait faire rire, se mettre les gens dans la poche, et leur vendait par contre des crayons de très bonne qualité. Un jour, il se fit passer pour mort, et revint avec sa carriole six mois plus tard, ce qui lui permit de vendre encore beaucoup plus de crayons.

Le Docteur Newton, guérisseur à Chicago, dont un journal publie non sans ironie les exploits : une femme dont les quatre enfants ont la rougeole ; il lui aura suffi de prendre une boucle de cheveux de l'un d'entre eux pour les guérir tous (la mère gardant "la rougeole" dans une bouteille bien fermée). Une vieille dame sourde se fait trafiquer l'oreille par le docteur ; depuis, elle entend son fils parler, qui se trouve en Californie.

Fowler est un spirite à qui l'esprit du prophète Daniel est apparu. Ce dernier a écrit sur un papier des lignes en hébreu. Lignes montrées à un professeur d'Hébreu, Georges Bush (petit clin d'oeil du passé au présent), lui aussi spirite à ses heures et manifestement complice de Fowler, qui affirme que ce sont quelques vers du dernier chapitre de Daniel, correctement écrits. Fowler acquerra une jolie réputation mais de courte durée : un Juif voit la feuille de papier et constate que les lignes n'ont même pas été écrites dans le bon sens.

Le canard lunaire : canular qui aura assis la popularité du New York Sun. Le scientifique Herschel invente un télescope qui permet de contempler les objets et animaux de la Lune. Et même les Lunatiques (hommes de la Lune) : "hauts de quatre pieds, couverts, excepté sur le visage, d'un poil court et brillant d'un jaune cuivré", "avec des ailes composées d'une fine membrane, sans poils, prenant du sommet de leurs épaules et descendant jusqu'à leurs genoux". C'est une histoire, à une époque où l'astronomie était à la mode, qui devient célèbre dans tous les pays civilisés. L'auteur du canular n'est autre que Richard Adams Loke, écrivain qui deviendra par la suite l'éditeur d'Edgar Poe.

La princesse Cariboo, reine des îles. Supercherie qui mettra en émoi la ville de Bristol en Angleterre entre 1812 et 1813. L'hôtel du Lion Blanc est en ébullition : on attend la princesse Cariboo ; son intendant, qui parle pas très bien l'anglais, avait fait les réservations. La princesse et sa cour arrivent et s'installent : très originaux, bruyants, mais courtois et sympathiques. Apparemment venue, d'après un journal local, de très loin pour voir Georges III. Mais d'autres journaux extrapolent, fantasment la princesse, en font un personnage mystérieux, immensément riche, sans doute amoureuse secrètement d'un lord anglais. Du coup toute l'aristocratie de Bristol lui fait la cour et veut attirer sa protection, offre des cadeaux considérables de valeur et de beauté. Des fêtes sont données en son honneur. Des dizaines de portraits de la princesse sont peints. Un jour, elle prit, refusant tous les carrosses qu'on lui proposait, une voiture de poste pour se rendre à Londres. A Londres ? Non, en fait elle a disparu avec sa cour, emportant avec elle toutes les richesses qu'on lui avait offertes. Dans toute l'Angleterre on se moqua des habitants de Bristol : des chants et des comédies burlesques immortalisèrent cette supercherie et créèrent la légende de la princesse Cariboo, qui en réalité n'était qu'une actrice de seconde zone accompagnée de ses compagnons comédiens. On apprit enfin, après avoir cru à sa mort, qu'elle avait finalement épousé un homme de son rang et qu'elle s'occupait du commerce des sangsues.

Merci de votre attention. Je vous laisse le loisir jubilatoire de découvrir les autres charlataneries de P. T. Barnum par vous-mêmes. Un voyage inoubliable au pays des sornettes.

Existe aussi au format papier chez Hachette BnF.

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