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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


Discours en vers sur l'amour et l'utilité du travail (1817) - J-F Barrau

Publié par Jérôme Nodenot sur 4 Décembre 2013, 19:14pm

Catégories : #Insolites

Après le tabac et le caca, je poursuis ma quête de poèmes insolites avec un autre sujet tonitruant : le travail. Espérons qu'il saura vous motiver, que vous soyez étudiant (puisqu'il s'agit à l'origine d'un discours prononcé par un professeur devant les élèves de l'Institution Académique des Nations européennes) ou en activité professionnelle.

On ne s'attend pas à rigoler en lisant ce poème, il n'y a aucune ironie, aucun humour, il s'agit bien d'un hymne au travail pur et dur ; toutefois il nous rappelle avec tendresse quels sont les fondamentaux de l'existence.

Il nous fait surtout comprendre le choc des cultures, et il est assez drôle d'imaginer ce professeur, tête droite et regard inspiré, déclamant son poème à notre époque devant une classe pouffant de rire ou penchée d'ennui sur les téléphones portables.

C'est un poème très académique (à tous points de vue, le style est vraiment très classique) écrit par un professeur de "Belles-lettres". J'adore cette appellation, qui flaire bon la nostalgie d'un temps où la langue française était encore sacrée, si loin de notre époque où Bouygues Telecom se permet de créer un concours de nouvelles en langage SMS.

L'argument de base est le suivant : un père (paysan) fait un discours à son fils qui doit partir faire des études loin de sa campagne natale. A la fois fier et un peu angoissé, il commence par prévenir sa progéniture que, si eux ne seront pas là pour le surveiller, Dieu s'en chargera ("Le Ciel de tes moments observera l'emploi") ; il lui rappelle que le travail peut être un plaisir, mais que c'est d'abord un juste devoir depuis Adam et Eve, dans la mesure où "Du premier des humains la désobéissance / Nous fait par des sueurs racheter l'innocence". Nous sommes très éloignés ici de notre époque, où l'hédonisme, comme on le sait, prédomine, résumé en quelques mots par notre gourou national Michel Onfray d'après la maxime de Chamfort: "Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi, ni à personne, voilà je crois, toute la morale" (au moins, idéologiquement parlant, on sait faire simple, c'est déjà ça).

Mais, malgré tout, s'il est très difficile de se reconnaître dans le style plus qu'académique de ce poème, on ne peut pas s'empêcher de s'émouvoir sur certaines idées : le sacrifice des parents pour la réussite de leurs enfants, le travail comme élément fondateur d'une identité honorable opposé à l'oisiveté destructrice, comme mission pour venir en aide à l'humanité tout entière, pour servir la communauté ; la réussite glorieuse à la force des poignets, etc.

Il faut lire ce poème comme on regarde "La petite maison dans la prairie". Avec ce feuilleton, nous nous trouvons face à un mode de vie que nous réfutons complètement aujourd'hui (que l'on soit un homme ou une femme), de complètement à l'Ouest (c'est le cas de le dire) par rapport à ce que nous connaissons, et pourtant (que l'on soit un homme ou une femme), quand on regarde évoluer la famille Ingalls au fil des épisodes, nous nous tortillons de retenue sur notre canapé avant de nous répandre en pleurs déraisonnables et de nous précipiter sur le premier kleenex venu. En un mot, que l'on y voit une vérité proche de nous ou non, il est encore possible de lire ce poème. J'aurais aimé vous dire qu'il est à placarder sur les murs de la chambre de vos enfants, ou dans votre bureau ; je n'irais pas jusque là, ce sera à vous de juger.

Petit extrait :

"Tu fais plus, Dieu clément ! Dieu père des humains !

Tu mets par le travail le bonheur dans nos mains !

Un de tes plus beaux dons, la santé, dont l'absence

De tous les autres biens corrompt la jouissance,

Fille de l'exercice, et mère des plaisirs,

Qui, par l'activité donne un charme aux loisirs,

Transfuge des palais où languit la mollesse,

Habite avec les jeux qui l'entourent sans cesse,

Sous le rustique toit où l'homme chaque jour

De l'aurore en chantant devance le retour ;"

Article sous CC-0
To the extent possible under law, Jérôme Nodenot has waived all copyright and related or neighboring rights to Le gallicanaute des naines. This work is published from: France.

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