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Le gallicanaute des naines brunes et noires

Le gallicanaute des naines brunes et noires

Ma bibliothèque constituée à partir de Gallica d'auteurs oubliés (naines noires) ou n'ayant jamais été sous les feux de la rampe (naines brunes). Complétée par des propositions de lectures insolites.


La boutade : poëme héroï-comique (1852) - Alfred Billet.

Publié par Jérôme Nodenot sur 11 Avril 2014, 10:29am

Catégories : #Insolites

Je me suis toujours dit que j'écrirais un jour un billet sur Billet ; auteur dont nous ne savons rien d'ailleurs, à commencer par ses dates de naissance et de mort. Apparemment, si j'en crois les notices BnF, cet homme était un auteur dramatique et d'ouvrages comiques sur les lycéens. Il existe une rue nommée Alfred Billet à Cantin dans le Nord, était-ce lui ? C'est fort possible, dans la mesure où il existe quelques preuves documentaires signées de lui dans cette région de la France.

"La boutade" n'est pas un chef-d'oeuvre, bien sûr, mais dans le genre "farce de lycéen" ce poème, portrait parodique d'un certain Donville, ou plutôt une ode à son ventre, est assez insolite.

"Je chante un Lycéen, dont le ventre stoïque

A su, pendant deux jours, d'un courroux héroïque,

Ne manger que du pain, ne boire que de l'eau,

Avec cent Lycéens rangés sous son drapeau."

L'abstinence, ici, est considérée comme une véritable prouesse, un acte héroïque, surtout pour un homme qui aime bien manger et possède un embonpoint remarquable. Le comique, en revanche, provient du fait que si Donville ne mange pas, ce n'est pas seulement le fruit de sa volonté (bien qu'il soit à l'origine et l'un des meneurs de la fronde), mais aussi le résultat d'un concours de circonstances.

Voici, en quelques mots, le procès-verbal des tragiques événements qui feront de Donville un héros, du moins aux yeux de l'auteur :

Donville, alors qu'après avoir fait ses besoins il passe devant ce que l'on appellerait aujourd'hui la cantine, se rend compte que l'eau des latrines est aussi utilisée pour faire la cuisine des lycéens :

"Le héros, en entrant, qui sent le faisandé,

Reste tout interdit et... désaffriandé...

Gribould, dit-il au chef, est-ce donc qu'au collège,

On nous fait la cuisine avec l'eau de Barège ?"

La découverte fait bien sûr un tôlé auprès des élèves, et l'Econome devient l'ennemi juré. Pour se révolter, au déjeuner, tous les lycéens décident de remplir leurs poches de pain et de ne pas toucher aux assiettes. Ils décident ensuite, dans l'après-midi, qu'à chaque repas, en alternance, la moitié des élèves se passera de manger tandis que l'autre se remplira la panse pour deux. Stratégie préférée à celle de ne pas manger du tout pour la raison suivante :

"Cependant le projet, par nous tous adopté,

De rester sans manger, est d'une austérité

Qui nous pourrait mener tout droit au cimetière".

Nos amis décident donc de diviser en deux le réfectoire, et Donville, évidemment, est dans la moitié qui doit se passer de manger au souper.

Le véritable problème survient le lendemain pour Donville, qui dès le matin pourtant n'attend qu'une chose : le repas de midi, qui va enfin lui permettre de dévorer la ration de deux personnes ! Hélas, dans la matinée, une nouvelle révolte sonne le glas pour notre héros. En effet, ceux qui avaient mangé la veille au soir ne s'étaient contentés que de restes, ce qui apparemment est plus ou moins la règle de l'Econome. Après des cris, et une bataille épique à grands coups de patates, de haricots, etc., les lycéens, au grand dam de Donville adoptent une nouvelle stratégie : chaque moitié mangera de deux en deux, pour ne pas être lésée par l'autre. Conclusion : Donville, encore une fois, devra se passer de manger et attendre le soir. Finalement, dans l'après-midi il sera convoqué par le directeur de l'établissement avec les autres instigateurs de la révolte et subira l'ultimatum suivant : soit il ne mange pas ce soir-là, et il sera renvoyé, soit il ne mange que sa part et ce sera un déshonneur pour lui vis-à-vis des autres. Au bout du compte tout rentrera dans l'ordre et Donville se contentera de manger sa part, comme tout le monde.

C'est drôle, pas trop mal fait ; à noter en particulier deux scènes : celle des rêves (Donville qui n'a rien mangé, l'auteur qui s'est empiffré), et la bataille héroïque à grands coups de restes de nourriture, avec la narration entre autre de l'énorme gifle que met Donville à Billet, l'auteur de notre héroïque poème. Un bon moment (30 pages), loufoque et jubilatoire.

Article sous CC-0
To the extent possible under law, Jérôme Nodenot has waived all copyright and related or neighboring rights to Le gallicanaute des naines. This work is published from: France.

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